Aurélie nous parle des règles pendant la pratique
Étude des règles de pratique affichées dans le dojo du fondateur depuis les années 1930.
D'un point de vue extérieur, les règles régissant la pratique de l'aikido peuvent paraître absconses, imprécises, entourées d'un halo de mysticisme. Beaucoup les citent, peu les respectent. Certains les ritualisent, les transforment en actes magiques ou les utilisent comme prétexte pour instaurer une sorte de hiérarchie au sein de leur dojo...
Mais peut-on vraiment stigmatiser les règles elles-mêmes ?
Et d'ailleurs, les connaissons-nous vraiment ?
En y regardant de près, il semble bien que ces règles soient non seulement mal interprétées, détournées, mais peut-être aussi mal traduites, en tout cas lues hors de leur contexte.
Il est sain pour tout pratiquant d'aikido de se plonger dans l'étude franche et nette de ces règles.
Règle n°1 -
Un coup en Aïkido peut décider de la vie ou de la mort.
Durant la pratique, obéissez aux instructions de celui qui dirige le Cours.
Ne transformez pas la pratique en un absurde test de force !
Commentaires
Un coup en Aïkido peut décider de la vie ou de la mort
Un coup de boken sur le crâne, une torsion exagérée des cervicales, un rythme endiablé...
les possibilités d'accident sont multiples:
Certains cours d'aikido confinent au danger en poussant les élèves à dépasser leurs limites, que ce soit en termes de rythme cardiaque ou en termes de souplesse des articulations. A l'inverse, en cherchant à éviter ces problèmes, certains remplacent la pratique par de véritables entraînements physiques, où les pratiquants doivent faire des centaines de chutes avant de commencer un cours...
Finalement, en essayant d'appliquer la règle, en essayant de se préparer à rester vivant et à éviter la mort, on va jusqu'à l'absurde c'est-à-dire ne plus pratiquer l'aikido mais faire du sport.
Tout le monde ne peut pas pratiquer l'aikido. Il existe des contre-indications, passagères ou définitives, qu'il faut connaître.
Il faut être conscient qu'en aikido, les coups sont portés à fond et qu'en conséquence, une grande concentration est requise afin d'éviter toute blessure, sur soi ou sur l'ami qui pratique avec vous. Si un accident survient c'est que l'un, ou l'autre, ou les deux partenaires ont commis une erreur.
Tori :
celui qui effectue la technique.
Le danger peut être créé par Tori, si celui-ci ne maîtrise pas la technique et dépasse les compétences de son partenaire.
La maîtrise consiste à donner la réponse juste à une situation, en l'occurrence s'adapter à la capacité de son partenaire. La cause du problème provient d'une confusion de sens entre deux situations :
Tori confond dojo et situation de combat.
Or le dojo est le lieu où l'on étudie la voie, alors que dans le combat, il n'est plus temps d'étudier, mais d'appliquer que l'on a appris au dojo...
Face à des comportements relevant du désir de puissance ou du fantasme de petit samouraï, les uchi deshis ont pour mission de veiller et d'intervenir en informant le pratiquant. Si malgré tout il persiste à agir de la sorte en connaissance de cause, il devra être exclu du tatami.
Il est fréquent de constater que ce genre d'individu recherche toujours des pratiquants passifs qui acceptent sans rechigner un rôle subalterne et se laissent malmener.
Aïté :
celui qui subit la technique.
Se laisser malmener est une erreur aussi de la part de Aïté : il ne faut jamais accepter l'inacceptable. Il faut veiller à sa propre protection. Tout manque de concentration constitue une mise en danger potentielle.
Aïté peut se blesser aussi en surévaluant ses propres compétences, en croyant maîtriser une situation, ou, pire, en effectuant des tests ridicules visant à contrôler l'efficacité d'une technique.
On retrouve la même confusion que chez Tori entre lieu d'apprentissage et champ de bataille.
La sécurité doit être la préoccupation première du pratiquant, et a fortiori dans l'aspect le plus spectaculaire de l'aikido, les projections.
Lorsque vous projetez Aïté, veillez à ce que l'espace soit suffisant pour sa chute et qu'aucun partenaire ne puisse chuter sur lui. On projette systématiquement en direction des murs et non pas vers le centre du tatami, où tous les pratiquants se cogneraient les uns
aux autres.
Dans la relation entre Tori et Aïté réside un paradoxe auquel nous ne sommes pas habitués : ils sont à la fois partenaires et adversaires. Dans une situation de travail, Aité accepte de chuter afin de permettre à Tori de travailler : il est partenaire. Cependant, il doit éviter toute complaisance, ne pas oublier l’aspect martial et donc rester en même temps adversaire. En effet, l'aikido n'est pas un spectacle, il ne s'agit pas de plaire à un public, et si les techniques présentent un aspect esthétique, ce n'est qu'un résultat et non pas un but en soi.
Dans le cas contraire, il ne s'agirait plus d'art martial mais de danse ou d'expression corporelle.
Cet aspect partenaire-adversaire est l'une des manifestations du fondement de la philosophie orientale, la notion de yin-yang, dont la compréhension n'est pas du tout évidente, et que l'on retrouve aussi dans les versants omote-ura des techniques.
Pour essayer de l'appréhender, il faut soi-même changer, et c'est en cela que l'aikido peut devenir un art de vivre.
Durant la pratique, obéissez aux instructions de celui qui dirige le cours.
Ne transformez pas la pratique en un absurde test de force !
De manière directe, cet aspect de la règle fait émerger les notions de choix et de cohérence.
En effet, c'est vous qui avez choisi votre professeur.
Si ensuite vous ne respectez pas ses instructions, cela signifie que vous ne respectez pas vos propres choix, et par extension que vous n'avez aucun respect pour vous-même.
La pratique de l'aikido commence par la recherche d'une cohérence.
Il est facile de comprendre qu'une attitude simplement consommatrice est à bannir:
si vous êtes venus simplement par facilité, par hasard, parce que les douches sont plus chaudes qu'au dojo voisin, on ne peut pas dire que vous ayez fait un choix.
Si votre attitude est incohérente et pose des problèmes au sein du dojo, le professeur et les uchi deschi s'en apercevront rapidement et feront le nécessaire pour vous l'expliquer.
Vous avez choisi de pratiquer l'aikido, vous avez choisi votre professeur, vous devez connaître votre place dans le dojo, les limites de vos compétences dans la pratique comme dans les tâches liées au dojo.
Toute la pratique de l'aikido est fondée sur le jugement. Sur le champ de bataille, si votre jugement fait défaut, c'est la mort assurée.
Faire un choix, c'est aussi choisir de ne pas faire certaines choses. O
n ne peut pas tout posséder à la fois : il faut donc être capable de renoncer.
Rester cohérent implique d'éviter de se disperser, et c'est ainsi qu'on peut évoluer dans la réalisation de soi-même, dans le « do ».
C’est agir à l’inverse de la société de consommation qui lobotomise le consommateur, le manipule, le désinforme afin d’en faire un client captif. Dans un dojo au contraire, afin que le pratiquant puisse évoluer vers l’autonomie, le professeur et les uchi deschi lui confient des tâches à accomplir.
Il ne s’agit pas de se surcharger de responsabilités, mais au contraire d’en assumer quelques-unes de la meilleure façon qu’il soit, car, à supposer qu'il y ait échec, cela pourrait mettre en péril l'image du professeur et de sa maison.
Le dojo est littéralement « le lieu où l’on étudie la voie » et vous y êtes invités par le professeur. Un pratiquant se désigne par les termes montei, monka, monjin, ce qui signifie « l’élève qui se trouve devant la porte du maître et demande à entrer chez lui ».
Dans le dojo vous n’êtes pas chez vous, et votre attitude doit rester celle d’un invité respectueux. Chaque chose doit être à sa place, c’est le sens du terme « ai » de aikido. Ce terme peut parfois être traduit par « harmonie », en considérant que c’est effectivement la place des choses les unes par rapport aux autres qui fait l’harmonie.
Aucun pratiquant ne peut donc se permettre de développer une théorie contraire à celle du maître dans le dojo de celui-ci.
La seule référence au sein du dojo est le professeur, et la connaissance se transmet par le biais d'une relation maître-élève.
Dans le processus d’apprentissage et d’évolution personnelle, il est cependant indispensable de développer un échange et de faire vivre la relation entre le maître et l’élève.
Face à un doute il ne faut pas hésiter à interroger le professeur et les anciens, et à donner son avis le cas échéant. Franchise et clarté sont les bases d’une relation saine, et permettent justement de mettre en regard des avis différents.
C’est la différence qui est le moteur de la connaissance. Si les pratiquants s’expriment,le professeur ne pourra que mieux adapter son enseignement à leur progression.
En revanche, si un jour vous êtes définitivement persuadé d’avoir raison, que vous êtes enclin à développer vos propres théories, c’est le signe qu’il est grand temps de créer votre propre dojo…
L’aikido est loin de toute idée de norme, de méthode normalisée.
C’est la diversité des enseignements proposés qui fait la richesse de l’aikido, et c’est pourquoi il y a autant de dojo que de professeurs et d’enseignements différents.
Il en est de même au Japon aujourd'hui pour tous les arts martiaux .
C'est à l'élève de choisir, et s'il se trompe, tant pis pour lui, c'est la première leçon martiale.
Le droit à l'erreur n'existe pas : si l'erreur vous convient, dans un combat c'est vous le premier mort et vous ne méritez pas autre chose.
Nous sommes ici à l'opposé des voies sportives occidentales, qui considèrent l'utilisateur incapable de comprendre ce dont il a besoin.
Qui prend la décision d'agréer un club ?
Un obscur administratif d'un ministère ?
Une fédération qui est à la fois juge et partie ?
Il n'est pas étonnant de constater qu'un demi-siècle plus tard, les guerres fassent rage et que cette autocratie ne satisfasse personne.
Il faut que chaque dojo enseigne son art, que chacun évolue dans le respect et chemine dans la voie qu'il s'est choisie, et c'est là le but de tous les « do », l'autonomie, la liberté de conduire sa recherche.
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