Auteur:
Adam Clay
Organisation d'un dojo
Le fondateur de l'aikido devant son kamiza
Le but de ce texte est, à travers l’explicitation de certains termes clés de l’Aïkido,de souligner que cet art martial n’est pas simplement une technique de combat qui s’apprend dans une salle mais un véritable état d’esprit, une culture et un art de vivre qui demande un réel travail sur soi permanent.
Le ‘Dojo’
est un mot japonais d'origine bouddhiste qui signifie le lieu où l'on recherche
la voie.
Un dojo n'est ni un gymnase, ni un club – jamais –
même s’il est souvent situé dans un gymnase municipal. La notion de dojo n'a rien à voir avec le bâtiment dans lequel il se trouve.
Lorsque vous entrez dans un dojo, c’est dans tout un monde que vous pénétrez.
Le monde du dojo est différent du monde extérieur : votre attitude doit donc elle
aussi changer lorsque vous y entrez.
L’univers du dojo est militaire :
n’oubliez jamais qu’un art martial est un art de guerre et que vous devez avoir sur le tatami
la même attitude et la même concentration que celles que vous auriez sur un champ de bataille.
L'organisation est de type militaire tout y est hiérarchisé :
en permanence le pratiquant est confronté à cette organisation pyramidale, voir la disposition du dojo schéma ci-dessus.
Les grades menkyo etc (indicateurs de la structure pyramidale) et Menkyo même un non pratiquant le sais.
Le nier, fonctionner autrement, l'ignorer, ne pas l'enseigner, ne pas l'appliquer est évidement un signe d'incompétence évident,
à l'évidence ce n'est pas de l'aïkido, ni même un autre art martial mais du n'importe quoi.
Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît. "
Michel Audiard
Considérez le tatami comme un lieu où votre vie est en danger, un lieu où le moindre geste compte et pourrait être le dernier.
Si un dojo tend à se transformer, à cause du "formatage" culturel occidental, en un club ou un gymnase,
- c’est que les uchi deshi n’ont pas fait leur travail.
- ou le professeur lorsque ses uchi deshi ne font pas leur devoir
- ceux-ci doivent là veiller à ce que le dojo ne devienne pas autre chose que ce qu’il doit être,
car on ne peut pratiquer l’Aïkido que dans un dojo.
Il s’agit donc d’un lieu particulier qui ne se limite pas aux 4 murs de la salle mais qui est empreint d’un véritable état d’esprit ;
un lieu où les échanges et les rapports entre les gens n'ont rien à voir avec ceux d'un gymnase ou d'un club.
Constituer et maintenir un véritable dojo n'est donc pas facile car cela demande des connaissances et parce que cela va à l’encontre de notre formatage habituel: sportif, démocratique, associatif ou fédéral.
Ainsi, il y a très peu de véritables dojos et donc de professeurs d'aïkido…
Cela n'est pas dû au fait que certains pratiquants seraient pervers ou mal intentionnés, mais simplement au fait qu'ils aillent, comme tout être humain, vers ce qui leur est plus facile, familier et connu :
ils veulent éviter les difficultés et les efforts.
C’est ainsi qu’après avoir été attirés par un art qui leur est apparu différent, beaucoup y incorporent très vite
leur environnement propre, celui de leur vie courante : c'est ce qu'il y a de plus facile à faire.
Mais leur Aïkido n’est alors plus de l’Aïkido puisqu’il devient le ‘leur’ or il n’y a qu’un seul Aïkido.
D’aucuns se persuadent qu’en l’adaptant à leur point de vue ils créent une œuvre originale hybride…certes, mais ce n’est alors pas de l’Aïkido.
Notre formatage culturel est ainsi la plus grande des difficultés à surmonter ; c’est notre ennemi permanent, un ennemi vicieux puisqu’il il fait partie de nous-mêmes au point où l’on a souvent du mal à le voir
– un ennemi dont certains n’ont même pas conscience.
Il existe dans toutes les disciplines des termes désignant le fait de briser ce formatage, ce conditionnement : en yoga on parle de mettre sous le joug ; en Aïkido ‘misogi’ signifie couper le corps en lanière pour expurger toute la crasse qui nous encombre. Symboliquement la porte du dojo doit donc marquer un changement chez qui la franchit : vous devez abandonnez à l'extérieur votre formatage et vos habitudes culturels pour devenir un autre.
Prenez également garde de bien fermer cette porte derrière vous afin que cette distinction soit claire et que n’importe qui ne rentre pas n’importe comment dans le dojo.
Sensei
‘Sensei’ signifie "professeur" et désigne le maître du dojo.
Lorsque vous entrez dans un dojo, ayez toujours à l’esprit que vous entrez chez
un maître, dans sa maison pour ainsi dire.
Cette notion est importante non pas simplement parce que c’est une coutume ancienne
mais parce que c’est une règle sans laquelle il n'y a pas d'Aïkido possible.
En effet, on dit traditionnellement « un maître, un dojo ».
Il n'y a donc qu'un seul professeur par dojo.
Si celui-ci confie la responsabilité de certains cours à quelques uns de ses élèves,
ceux-ci ainsi que les autres pratiquants doivent avoir conscience que ce ne sont
alors que des élèves du professeur en situation d'apprentissage
- celle d’apprendre à donner des cours d'aïkido
- mais que ce ne sont en aucun cas d'autres professeurs.
En tant qu’élève, le pratiquant n’est donc pas chez lui et ne dois pas se comporter
comme s’il l’était.
Du respect de ce cadre, de sa hiérarchie et de la direction du maître dépend le
fonctionnement même du dojo et c’est uniquement dans un tel cadre qu’un professeur
d’Aïkido est compétent.
Si certains pratiquants, notamment les plus anciens d’un dojo, tendent à oublier
leur place dans ce cadre et manquent à son respect, il est nécessaire de leur rappeler
leur rang : il faut respecter dans un dojo la volonté de son maître ou bien s’en
séparer.
Il faut donc toujours se comporter dans un dojo comme un invité.
En japonais les termes de ‘montei, monka, monjin’ véhiculent l’idée de l'élève qui
se tient devant la porte du maître et qui lui demande la permission de rentrer chez
lui.
C'est pourquoi avant de rentrer sur les tatamis d’un professeur il faut toujours
lui demander son accord : si vous êtes en visite dans un dojo qui n'est pas le vôtre,
il convient de vous présenter et de demander l'autorisation de rentrer au professeur.
Lorsque vous êtes à l'heure au dojo dans lequel vous êtes habituellement élève,
l’autorisation d’entrer est implicite, mais si vous êtes en retard, il convient
de se présenter au professeur.
Le professeur ou un de ses ‘uchi deshi’ peut en effet vous demander de quitter le
dojo définitivement, notamment si vous oubliez que vous n’êtes qu’un invité dans
la maison du maître.
Règles et comportements
En plus de ce respect fondamental du professeur et de votre place dans son dojo,
certaines règles et coutumes de politesse et de respect doivent être respectées.
La place du Sensei se trouve devant le kamiza, face aux élèves et vous ne devez
jamais dépasser une ligne imaginaire passant par ses genoux, mais toujours vous
trouvez devant lui.
Il est d'usage, en entrant dans le dojo, de saluer.
Puis, à votre entrée sur le tatami, saluez deux fois : une fois dans la direction
du kamiza ou tokonoma, c'est-à-dire le mur d'honneur où se trouve le portrait du
fondateur de l'aïkido, et une fois dans la direction du professeur dont vous êtes
l’hôte.
Saluez de même à votre descente du tatami à la fin du cours, puis à votre sortie
du dojo.
Faire cela ne remet bien évidemment pas en cause vos droits, croyances ou religion,
et ce ne sont pas non plus des actes de soumission mais simplement des gestes japonais
de politesse et de respect : au lieu de se serrer la main comme en Occident par
exemple, on incline le buste.
Une personne qui refuse cet aspect de
la pratique pour quelque raison que ce soit,
par ignorance par croyance, doit se voir fermer la porte de la pratique de l’Aïkido
et n'a rien à faire dans un dojo.
De même, si l’on veut entrer dans un temple ou une mosquée il faut en respecter
les codes de conduite même si l’on n’est pas croyant.
La technique de l’Aïkido ne s’achète pas.
Votre cotisation fait de vous un élève du dojo, mais elle ne vous donne aucun droit.
En échange de l’enseignement que vous allez recevoir de la part du professeur ou
de ses uchi deshi, vous allez devoir offrir plusieurs choses:
-
Votre énergie, que vous allez consacrer à l’étude des enseignements du professeur.
Une partie de votre temps, que vous consacrerez en dehors des cours à améliorer
le dojo.
Cela signifie proposer vos compétences et le meilleur de vous-même afin d’entretenir
et d’améliorer le fonctionnement du dojo pour qu’il soit plus performant, plus agréable,
et que l'enseignement soit encore plus efficacement transmis.
-
Vous allez donc accomplir des tâches en fonction de vos compétences et de votre
implication dans la pratique, tâches qu’il sera nécessaires d’accomplir pour veiller
au bon fonctionnement du dojo.
En les accomplissant, vous améliorerez votre connaissance de l'Aïkido et du fonctionnement
d'un dojo pour pouvoir un jour fonder votre propre dojo et pouvoir le gérer avec
compétence.
De même vous passeriez dans une entreprise commerciale par divers postes pour peu
à peu accomplir toutes les tâches, car c’est par là que commence l'autonomie.
Puisque ce fonctionnement ne se fait pas par élections comme dans une association
quelconque, deux démarches sont possibles pour l’attribution de taches.
Vous pouvez vous proposez d'accomplir certaines tâches pour le dojo auprès du professeur
directement
- puisqu'il s'agit de sa maison et de son avenir
- de même qu’un apprenti tend à son maître ouvrier le bon outil avant même que ce
dernier ne le lui demande (et c’est de loin la meilleure attitude). Soit ces tâches
vous seront demandées par votre sempaï ou par le professeur. Plus votre compétence grandira, plus on vous demandera des choses complexes et difficiles, et
- comme dans une entreprise
- plus votre place sera importante dans dojo. N'oubliez pas que vos erreurs peuvent
mettre l'existence du dojo en péril, et que le nombre de vos tâches doivent donc
êtres limitées car tout apprentissage est parsemé d'erreurs, mais sachez aussi que
c'est un risque que le professeur accepte de prendre.
Evidemment, votre sempaï et le professeur remarquent vite si vous ne faites jamais
rien et si vous avancez toujours de bonnes raisons pour ne rien faire (âge, temps,
travail…).
Si vous choisissez cette attitude et que vous persistez à ne rien faire, votre rang
dans la hiérarchie du dojo sera toujours le plus bas car votre manque d’implication
à ce niveau là témoignera de votre manque de motivation, de connaissances et de
compréhension de l'Aïkido, de son esprit et de ce en quoi il consiste.
Un comportement profiteur, c'est-à-dire une implication zéro peut se solder à terme
par un isolement voire une expulsion du dojo si vous entraînez d’autres dans cette
voie.
Le sempaï et le kohaï
‘sempaï’ signifie "l'ancien", kohaï signifie le "jeune".
Sur le tatami les sempaïs sont traditionnellement à votre droite.
Sempaï ne veut pas dire ou uchi deshis ; ‘sempaï’ désigne le pratiquant qui a commencé
avant vous et ‘kohaï’ celui qui a commencé après vous.
Tout pratiquant dans un dojo est le sempaï de quelqu’un et le restera
toute sa vie de pratiquant.
Le rôle du sempaï
et de prendre un ou plusieurs kohaï sous sa coupe se et veiller à ce que le kohaï ait toujours le bon comportement : il est responsables de son éducation.
Le kohaï doit toujours avoir un grand respect pour son sempaï et lui être reconnaissant
de lui faire gagner du temps dans l’acquisition de l'Aïkido.
Il doit être très attentif puisqu’il va très rapidement devenir le sempaï de quelqu'un
d'autre à son tour.
Vous pouvez en effet être le sempaï de quelqu’un qui a commencé l’Aïkido ne serait-ce
qu’une heure après vous.
Vous êtes alors dès la deuxième heure à la fois le professeur d’un kohaï et l’élève
du professeur.
De façon analogue, vous êtes d’une part ‘Tori’, celui qui projette, et l'instant d'après, ‘Aïté’, celui qui chute.
Cette notion centrale d’opposés complémentaires, tels ‘Omote’ et ‘Ura’, ‘Yin’ et
‘Yang’ forme le socle de toute la culture orientale et de tous les arts orientaux.
Dans notre formatage occidental, on est élève pendant longtemps, puis, après avoir
passé des examens, on devient professeur.
C’est là le fonctionnement d’un club.
En aïkido on est professeur le deuxième jour.
C’est là le fonctionnement du dojo.
On doit être capable d’enseigner du mieux que l’on peut ce qu'on a étudié la veille,
et chaque pratiquant ne cesse ainsi jamais d’être à la fois élève et professeur.
Alors seulement les conditions sont
réunies pour pratiquer l’Aïkido et c’est pourquoi
on ne pourra jamais en faire dans un club.
Par égoïsme, certains anciens tendent avec le temps à oublier qu'ils ont un jour
débuté et ont l'impression
de perdre leur temps avec des débutants, au point parfois
de n’apparaître dans le dojo que plusieurs semaines après le début des cours, lorsqu’il
y a moins de débutants.
Là encore ce genre de pratiquant refuse les difficultés, va au plus facile et au
moins fatigant, car chacun sait que rien n’est plus facile que de pratiquer avec
des personnes que vous connaissez, qui se sont habituées à vos défauts plutôt que
de pratiquer avec des débutants dont le manque d’expérience serait susceptible de
révéler une faille dans la technique.
Cette fuite devant la difficulté témoigne d’une incompétence et de l’incapacité
à remettre
en cause ses acquis.
Le sempaï dans ce cas là ne joue pas son rôle et n'apprend guère quoi que ce soit.
Inversement, celui qui aide les plus jeunes et pratique avec les moins expérimentés sait que c’est ainsi que lui-même progresse le plus.
Ce que nous avons voulu faire ressortir en soulignant tous ces aspects de l’Aïkido,
c’est que si apprendre et enseigner l'Aïkido n'est pas facile mais demande un réel
travail sur soi permanent, c’est parce que l’Aïkido est bien plus qu’une technique
mais un véritable état d'esprit, une culture et un art de vivre qui forme un tout
indissociable.
Ne pas faire d’efforts, vouloir dissocier la technique de l’art, manquer de voir
que l’Aïkido forme ce tout, c’est passer à côté de l’Aïkido, c’est ne pas faire
de l’Aïkido.
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